Prolongement de la ligne 14 : le soulagement des usagers

L’extension de la ligne de métro 14 jusqu’à la mairie de Saint-Ouen a été inaugurée le 14 décembre. Trois nouvelles stations sont ouvertes : Pont-Cardinet, Saint-Ouen et Mairie-de-Saint-Ouen.

Ce lundi 14 décembre offre un avant-goût de fête à Hicham, 44 ans. Employé dans le quartier de la Gare de Lyon (Paris 12e), il s’apprête à rentrer chez lui, direction la station Mairie-de-Clichy sur la ligne 13. « C’est sûr qu’il y aura une grande différence en prenant la ligne 14 : ce sera plus confortable, plus propre et plus rapide », résume-t-il. Avec la nouvelle station Clichy-Saint-Ouen, il espère gagner jusqu’à une demi-heure de temps de transport chaque jour, en comptant la correspondance à Saint-Lazare.

Faciliter la vie

Deux jeunes femmes assises dans une rame de la ligne 14.
Dorine et Nafidaqui, 22 ans toutes les deux, rentrent chez elles pour la première fois avec la ligne 14.

Ce nouveau tronçon sur la ligne automatique 14 concerne a minima 100.000 habitants et 75.000 salariés. Il permet de désengorger la ligne 13, complètement saturée, et de soulager ses 680 000 passagers quotidiens (données 2013). Employée à la RATP, Ikram confirme l’enthousiasme des passagers qui descendent à Saint-Lazare, l’actuel terminus de la ligne. La jeune femme, qui encadre une équipe de huit agents, partage leur satisfaction : « Avant, je travaillais sur la ligne 5. J’ai demandé à être affectée sur la 14 pour vivre cet événement. »

Ouvrier dans le bâtiment, Redouane arrive de la station Châtelet. Dans le tunnel menant au quai de la ligne 13, il indique une ligne imaginaire : « Parfois, il faut faire la queue jusqu’ici pour monter dans le métro. Alors c’est sûr que ça va me faciliter la vie », se réjouit-t-il. Soledad souligne, quant à elle, « l’atmosphère peu rassurante sur la 13, la pire de toute ! » Avocate, elle se rend au tribunal de grande instance de Paris pour plaider. Mais pour y arriver avec la ligne 14, elle devra patienter jusqu’à l’ouverture de la station Porte-de-Clichy, mi-janvier 2021.

Pas que du positif

D’autres passagers ne sont pas optimistes. Anna a embarqué sur la ligne 14 à gare de Lyon, où l’avait déposée son train. « Je vais rendre visite à ma mère, qui habite vers Pont-Cardinet. » Elle ne voit pas que du positif dans cette extension : « Je trouve scandaleuse l’augmentation du prix des loyers », s’indigne cette architecte de 32 ans, qui a travaillé à la RATP. « Les quartiers populaires disparaissent », estime de son côté Françoise. Pour cette habitante de Saint-Ouen depuis 1983, la gentrification va s’accélérer.

Agents immobiliers, Noureddine et Franck, confirment cet effet collatéral. Mais, selon eux, « des solutions existent, comme l’encadrement des loyers. D’ailleurs, nous ne prenons pas de clients qui veulent fixer des loyers supérieurs de 15 % au prix du marché. » Tous deux sont présents à l’inauguration de la station Mairie-de-Saint-Ouen car ils vont ouvrir leur agence à quelques mètres de là, en janvier 2021.

 

Foule massé devant la grilled ela station Mairie-de-Saint-Ouen
Mairie-de-Saint-Ouen : 15h45. Le public attend l’ouverture de la station.

Foule de curieux

À 16 h, une foule de curieux s’est amassée devant la grille de la station. Les portables sont prêts à filmer. « Cela fait trois ans qu’on attend ça ! », s’exclame René, un ancien conducteur de métro. À ses côtés, une retraitée audonienne râle : « J’ai vécu avec le bruit du chantier pendant sept ans et on ne peut même pas voir le Premier ministre. » Lorsque la grille se lève, enfin, Valérie Pécresse apparaît. La présidente du conseil régional d’Île-de-France se prête sans déplaisir au jeu des selfies.

Dans l’une des premières rames à démarrer, Delphine rentre chez elle. Psychologue à Saint-Ouen, elle vit dans le 13e arrondissement de Paris. « Pour moi c’est l’idéal, je vais aller jusqu’à Bibliothèque François-Mitterrand », se félicite-t-elle. Pour l’instant, elle ne se rend pas bien compte du temps qu’elle va gagner. Mais elle est déjà ravie de ne plus avoir à jouer des coudes.

 

Charles Henry (Texte)

Julie Marquaire (Photos)