Puces de Montreuil : les commerçants dans l’incertitude

Le long du périphérique, Paris et sa banlieue se transforment à vue d’œil. Aux abords de la porte de Montreuil, les travaux ont commencé, mais on semble tout ignorer des gigantesques projets en cours.

Les jours du marché aux puces tel qu’on le connaît sont comptés. Pourtant, en ce lundi matin 12 décembre 2020, rien ne semble changé : les mêmes petites échoppes faites de bric-à-brac en enfilade. Autour, l’enthousiasme des passants provoqué par quelques jeux de carte à la sauvette, un attroupement de biffins et la circulation dense, créent cette ambiance si particulière aux puces. Au loin, deux immenses grues surgissent de terre. Plus on s’en approche, plus l’agitation du marché s’atténue. En direction de la porte de Bagnolet, les commerces sont fermés et leurs façades défraîchies donnent une impression de zone à l’abandon. Les géantes de fer les surplombent, prêtes à les engloutir. Un petit garage tient bon : celui de Daniel, 57 ans, présent depuis 1997. Il lui a été alloué par la mairie. Plongé dans l’incertitude, il attend de connaître son sort. « Je suis locataire ici, si la mairie me demande de leur rendre, je n’aurais pas le choix. » Cette inquiétude, beaucoup de commerçants la partagent. Et pour cause : un gigantesque projet de transformation de toute la zone se profile.

En attendant les constructions écologiques, les puciers de Montreuil vendent tissus, outils, chaussures, savons, matériel de cuisine, à prix défiant toute concurrence.

Quartier décarboné

À la place des grues, le Wonder Building émergera fin 2022. Un vaisseau amarré au périphérique, avec sa structure de béton, métal et bois, ses 27 000 m2 de bureaux, sa salle de fitness, son auditorium. Plus loin, c’est à nouveau 37 000 m2 de bureaux qui sont attendus d’ici 2 ans. Les projets ont été conçus avant le Covid et le télétravail mais les ingénieurs ont anticipé et mis au point « la réversibilité » des lieux : les bureaux peuvent devenir des logements et inversement. Le concours international Reinventing Cities vise à répondre au défi climatique en alliant architecture de qualité et urbanisme écologique. En septembre 2019, c’est l’alliance Paris-porte de Montreuil qui gagne avec le projet du promoteur Aire Nouvelle (Nexity, Engie, Crédit agricole, regroupés pour l’occasion). Objectif : rénover toute la zone en quartier décarboné. Les toitures biosolaires des immeubles permettront de produire localement l’électricité. Les matériaux utilisés seront la terre crue, la pierre, le bois et le béton de chanvre. Au-dessus du périphérique, exit le rond-point et les voitures : la place deviendra une esplanade dédiée aux mobilités douces, embellie d’arbres et d’oasis de fraîcheur, avec un immeuble-pont qui abritera un hôtel de 5 800 m². Le marché aux puces se nichera sous deux halles, séparées par une place végétalisée, ouvertes sur l’espace public par de grandes portes en bois. Adieu les biffins, les étals colorés, les façades défraîchies. Daniel et son garage appartiendront bientôt à un ancien monde.

Le Wonder Building, construit par Bouygues Bâtiment, sera livré en 2022.

 

Camille Schuster & Carine Lacroix (texte)

Matthieu de La Rochefoucauld (photos)