Aide alimentaire : à la Flèche d’or, des bénévoles mettent la main à la pâte

Même sans concert, la salle de la Flèche d’Or reste conviviale, grâce aux associations qui s’y sont installées. Chaque jour, des volontaires préparent des repas chauds à emporter pour les plus précaires.

Sous la véranda aux vitres fissurées de la Flèche d’Or, rue de Bagnolet, patates, oignons et betteraves volent de mains en mains. Fermée au public depuis fin octobre, l’ancienne gare, devenue une salle de concert aussi mythique que mystérieuse, transformée aujourd’hui en lieu socio-culturel, vit désormais au rythme des épluche-légumes. 200 bénévoles s’y relaient pour préparer quotidiennement 150 repas chauds à destination des plus précaires.

Si la programmation culturelle de la salle a été annulée, la solidarité, elle, y perdure. Le lieu a été investi à la fin de l’été par neuf collectifs et associations, qui œuvrent dans les secteurs artistiques, pour la plupart, et humanitaires. En première ligne dans la conception des repas à emporter, on retrouve l’association Les repas solidaires, née pendant le premier confinement, et les talents culinaires des membres de ObliQ, collectif qui lutte contre les oppressions.

Servis dans des barquettes, les repas seront distribués sur place ou pendant des maraudes.

Salade composée et tarte à la confiture

Tablier bleu et masque de rigueur, Camille, 25 ans, en service civique, dirige aujourd’hui la brigade. Membre de l’association ObliQ, habituée des cuisines solidaires, elle coordonne la quinzaine de commis bénévoles du jour et compose les menus : aujourd’hui, « c’est salade composée, aligot, confit d’oignons, choux de Bruxelles et tarte à la confiture ». Un repas complet réalisé uniquement à partir de dons de particuliers ou d’associations comme la banque alimentaire. « Y a des jours c’est galère, y a rien. Aujourd’hui, ça va être bien. » Rien qu’à l’odeur de cannelle qui s’échappe de la pâte à tarte maison tout juste pétrie, on la croit sans peine.

Tout est pelé, râpé, émincé

La cuisine est vétuste mais fonctionnelle. Camille relativise : « On se sent bien ici. Bon, aujourd’hui on n’a pas d’eau chaude, je ne sais pas pourquoi. On fait avec. » Dès 11 h 45, le contenu des frigos, des étagères et des caisses de légumes est pelé, râpé, émincé. Les bénévoles de tous âges s’affairent sur un fond de musique funk. Marie-Christine, Ylan ou encore Rachid, tous admettent être arrivés ici « un peu par hasard ». Et même si les journées sont longues – car à la préparation des repas s’ajoutent la réception des dons, la mise en barquette, la distribution et le rangement –, tous reviennent.

Thomas, 61 ans, s’occupe de préparer le repas des bénévoles, fatigués par leurs longues journées.

Thomas, 61 ans, retraité de la Poste, dont il ne quitte jamais la polaire bleu marine au logo jaune poussin, veille particulièrement au bien-être de chacun.  Arrivé ici « par le secret des dieux », il est là tous les jours pour préparer le déjeuner… des bénévoles eux-mêmes. Et à 14h00, alors que Camille lance les cuissons, la grande table en bois se remplit. Sans les masques et sous les rires, derrière les mains tachées du jus rouge des betteraves, on devine la fatigue de certains. Pourtant, à 17h00, lorsqu’une longue file silencieuse s’étirera sur le trottoir de la rue de Bagnolet, les commis bénévoles, discrets, seront déjà en train de récurer poêles et casseroles pour être au rendez-vous demain.

 

Adélaïde de Valence (texte)

Moulaye Diarra (photos)