Chronique : les tribulations d’une néo-cycliste parisienne

En décembre 2019, la grève des transports précipitait des milliers d’habitants de la capitale sur les pistes cyclables. Près d’un an plus tard, la capitale compte 72% d’utilisateurs en plus selon les derniers calculs réalisés. Une néo-cycliste raconte son parcours quotidien dans l’est parisien.

Qui aurait cru, il y a seulement un an, que j’enfourcherais un vélo matin et soir ? Moi la réfractaire, dont la dernière expérience derrière un guidon était une séance d’aquabike en 2016. Mais lors de la grande grève de l’hiver 2019-2020, comme de nombreux travailleurs franciliens confrontés à l’arrêt des transports en commun, ma petite trottinette et moi avions découvert à quel point le réseau cyclable s’était développé dans la capitale : environ 300 km de voies créées ces six dernières années (de 700 km en 2014, Paris est à plus de 1 000 km aujourd’hui). Des extensions plus que bienvenues quand on sait que l’on a recensé 72% de cyclistes en plus à Paris entre mai et septembre 2020 par rapport la même période l’année précédente. Alors, quand j’ai décidé de suivre une formation de secrétaire de rédaction à l’Émi, je n’ai pas réfléchi longtemps : entre l’heure dans les transports en commun avec trois changements, et les trente minutes de vélo sur une piste sécurisée, le choix était facile. J’ai commandé un Veligo, un vélo électrique de location proposé par la région Île-de-France.

Mise en circulation de 5 000 vélos supplémentaires
L’initiative lancée en septembre 2019 est un succès indéniable, boostée par les grèves et la crise sanitaire. J’ai patienté trois mois pour obtenir le mien. La liste d’attente a été résorbée depuis le 1er décembre dernier grâce à la mise en circulation de 5 000 vélos supplémentaires. Une bonne nouvelle car la demande est telle que la plupart des vendeurs et des loueurs sont en rupture de stocks. Il y aura peu de vélos électriques sous les sapins à Noël. Les vélos ordinaires (comprendre les « vrais » pour les puristes) circulent toujours, mais on les reconnaît de loin : ils sont lents. Vous la sentez, la condescendance de la néo-cycliste électriquement assistée ?

Porte de Montreuil, je double le tramway à ma gauche, qui progresse sur son ruban de verdure. La ligne T3b, inaugurée en 2012, a transfiguré les Maréchaux, auparavant gris et encombrés. Au grand dam des automobilistes, mais pour le plus grand plaisir des cyclistes. La piste est tranquille, peu passante. Loin de la saturation observée sur d’autres voies cyclables au centre de Paris, comme celle du boulevard de Sébastopol (1er arr.). En effet, les 50 km de coronapistes parisiennes ouvertes après le premier déconfinement n’ont pas permis d’absorber l’augmentation fulgurante des vélos sur la voie publique.

J’abandonne à regret la piste cyclable pour bifurquer dans la rue de Bagnolet, puis quelques centaines de mètres plus loin, dans la rue des Prairies où siège l’Émi. La route est cabossée, rapiécée, les voitures me talonnent. Plus 30 % de cyclistes blessés à Paris entre janvier et septembre 2020 : mon père m’a bien répété ce chiffre quand il a su que je me mettais au vélo. Je serre les dents en évitant un scooter. Je préférais la compagnie du tramway.

 

Lucile Torterat (texte)
Arthur Mercier (photo)