Coulisses du Médialibre jour 1 : «On a tous besoin de se roder»

Ils ont entre vingt et cinquante ans et se forment aux métiers du journalisme. Les stagiaires de l’École des métiers de l’information (Émi, Paris, 20e) entament aujourd’hui leur semaine Medialibre, cinq jours destinés à leur faire expérimenter la vie d’une rédaction web en temps réel.

Premier temps fort de leur formation, les stagiaires de l’Émi ont vécu ce matin la première conférence de rédaction d’Est-Actu, site d’information consacré à l’actualité de l’Est parisien. Trente-trois stagiaires qui abordent cette expérience avec enthousiasme. Ils viennent de l’administration, de la gastronomie, de l’édition, de l’enseignement, du tourisme, et cette semaine de mise en situation constitue, pour la plupart d’entre eux, un baptême du feu.

« Comme à Mediapart »

Chaque journée débutera donc par une conférence de rédaction, au cours de laquelle chacun devra proposer un sujet, soumis à l’approbation des formateurs. Puis les binômes se forment : chaque rédacteur est accompagné d’un photojournaliste pour partir sur le terrain.

« On fait comme à Mediapart, explique Julia Deck, responsable de la filière secrétariat de rédaction à l’Émi. On nomme un modérateur pour enregistrer les prises de parole et faire en sorte que tout le monde puisse parler. »

Les débuts sont très timides. Canela, photojournaliste, est la première à rompre la glace. Puis la salle prend peu à peu de l’assurance. Les sujets sont variés : la vaccination contre le covid 19, la manifestation sur la sécurité globale, celle des restaurateurs… les propositions fusent. Chrystelle et Philippe, les deux chefs d’édition, notent les sujets, sans jamais oublier de fixer l’heure à laquelle l’article doit être rendu. L’atmosphère n’a plus rien de tiède. À présent, les discussions bouillonnent de tous côtés, à tel point que Philippe doit rappeler à l’ordre, calmement mais fermement : « On ne s’entend plus, ce n’est pas possible de travailler dans ce bruit ! »

« C’est très inspirant d’entendre les idées des gens »

Il est midi et chacun a reçu sa mission. Quitterie enfile son manteau pour aller couvrir la mobilisation en soutien aux personnes interpellées lors de la manifestation contre la « loi de sécurité globale » de samedi dernier : « Je suis encore un peu dans le flou, je pense qu’on a tous besoin de se roder », confie-t-elle. Jeff est enthousiasmé par la « dynamique de groupe » qui s’est dégagée de la conférence. Canela, la courageuse qui a pris la parole en premier, déclare : « C’est très inspirant d’entendre les idées des gens. Ça amène à réfléchir à des sujets auxquels on n’aurait pas forcément pensé. Et c’est un vrai défi de devoir trouver un sujet tous les jours. Mais cette conférence nous a montré que c’était possible. » À côté d’elle, Ségolène sourit. « Je galère, lance-t-elle en riant. Mais c’est impressionnant de voir comment fonctionne une rédaction et comment les gens s’associent si vite. »

Philippe sourit en remplissant le planning et murmure : « Excitation, excitation… » Chrystelle et lui apprécient de se trouver dans une vraie mise en situation, qu’ils estiment très importante dans le cadre de leur formation. « Il faut apprendre à s’écouter », explique Philippe, la force tranquille de cette rédaction. Il a derrière lui le parcours d’un passionné du livre et de l’édition indépendante. Chrystelle quant à elle était auparavant chargée de communication à la ville de Pantin. D’un sourire à toute épreuve, elle aborde cette responsabilité « très sereinement ». Et, lorsqu’on leur demande pourquoi ils pensent avoir été choisis en tant que chefs d’édition, ils répondent très simplement : « Parce qu’on est beaux et intelligents. »

Texte Chloé Money

Photo Arthur Mercier