La forêt se meurt, vive la forêt !

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Encouragée par le réchauffement climatique, une épidémie de scolytes ravage actuellement nos arbres. L’Office national des forêts se mobilise pour endiguer ce fléau, mais souffre d’un cruel manque de moyens.

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Tableau de classification des Scolytes (source: Wikipédia)

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Au cœur du parc naturel des Ardennes, entre les communes de Monthermé et Sécheval, se trouve une forêt d’épicéas parfaitement alignés. Le bois de l’Or et des Fourmis est le théâtre d’une guerre silencieuse. Malgré le peu d’éclaircies que la météo de la région offre en hiver, la parcelle qui a subi une coupe rase procure un bain de soleil dans une forêt dense. Jonché de troncs empilés à la hâte et de souches à peine visibles sous les amas de branchages, la zone ressemble à un champ de bataille. Le sol, parsemé d’éclats de bois, est balafré par le passage de lourds engins de chantier. Seuls deux épicéas tiennent encore debout au milieu de ce carnage.

La menace qui pèse sur la forêt des Ardennes ne dépasse pas six millimètres et se reproduit avec une efficacité impressionnante : ce sont les scolytes, coléoptères ravageurs. Le personnel de terrain de l’Office national des forêts (ONF) est en première ligne pour contrer l’attaque de ces insectes dont le cycle de reproduction s’est accéléré sous l’effet du réchauffement climatique. De deux générations dans l’année, on est passé à trois, les années exceptionnellement chaudes ; ce qui entraîne une véritable épidémie.

Invasion difficile à maîtriser

Prédateurs bien organisés, les scolytes repèrent les arbres les plus faibles dont les résistances ont été mises à mal par le stress hydrique lié à la sécheresse. L’ips typographus – appellation scientifique des scolytes – attaque méthodiquement ses cibles, par de petites piqûres visibles sur les bouts d’écorce gisant partout sur le sol comme autant de pages arrachées.

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Les insectes creusent des galeries qui entraînent un décollement d’écorce, puis un dépérissement inéluctable de l’arbre. Un sujet sain se défend par des écoulements de résine qui gênent la progression des agresseurs, mais ces mécanismes immunitaires font défaut pour des arbres affaiblis. Les dégâts peuvent aussi être indirects : les galeries dans l’écorce sont des portes d’entrée pour des champignons pathogènes qui paralysent la circulation de sève et accélèrent l’asphyxie. Une fois l’arbre infesté, les scolytes signalent à leurs congénères qu’il est temps de passer à une autre cible. Les croix rouges sur les troncs apposés par les forestiers symbolisent ces condamnations à mort aussi silencieuses qu’irrévocables. D’après Martial Taulemesse, chargé de mission pour l’interprofession de la filière bois (Fibois), « 20 000 hectares ont déjà été touchés dans l’Hexagone ».

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Carte des foyers de scolytes en France (source : IGN)

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Interview de Philippe Lecomte, responsable d’aménagement ONF. Il est le témoin direct de cette crise de scolytes qui frappe la région de Charleville-Mézières depuis 2018.

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Or les forêts restent, à l’échelle planétaire, le plus important puits de carbone après les océans. Extrayant une partie du CO2 atmosphérique et contribuant à lutter contre l’effet de serre, elles souffrent elles-mêmes du réchauffement. Le Sud du continent n’est pas nécessairement le plus affecté : l’Allemagne, la Belgique et l’Est de la France sont particulièrement exposés. Un tiers du territoire français est aujourd’hui recouvert par les forêts. Les secteurs de Verdun et de Charleville-Mézières sont particulièrement impactés par cette crise. Si les vagues de chaleur se reproduisent régulièrement, l’invasion des scolytes ne sera que plus difficile à maîtriser, d’autant plus qu’il n’existe pas de solution autre que la coupe des arbres infestés : aucun insecticide ou remède rapide à l’horizon.

Inquiétude à l’ONF

Technicien forestier de 25 ans, Raphaël Kieffert, dresse un constat pessimiste de ce phénomène qui « se répand comme une onde à la surface de l’eau » et « entraîne une véritable course contre la montre ». « L’organisation de l’ONF n’est absolument pas taillée pour ce genre de crise ». Et les renforts n’arrivent qu’au compte-gouttes : seulement trois CDD pour un triplement des volumes habituellement coupés, de 70 000 m3 en 2018, à 250 000 m3 en 2019. « Une rustine sur un énorme trou », regrette-t-il.

Le long des boucles de la Meuse, la petite ville de Monthermé s’étale sur les versants des collines ardennaises. L’ange Gabriel, accroché à une girouette surplombant le fleuve, y étend sa protection : « Ce n’est pas la montagne, mais presque », plaisante Raphaël sur le parking de l’office de tourisme. En face, l’intérieur boisé de l’Auberge franco-belge offre une protection au froid pénétrant.

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« Actuellement, les hivers doux n’arrangent rien à cette crise. » Philippe Canot, maire de Sécheval  ©Marion Esquerré

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« Dans les années 80, il y avait de la neige sans discontinuer du premier au dernier jour ; cette année, pour l’instant, nous n’avons eu qu’un jour de neige et cinq à six jours de gel », témoigne Jacques Baudelot, directeur de l’agence ardennaise de l’ONF.

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Alerter l’opinion

La crise des scolytes à l’œuvre depuis 2018 génère partout un sentiment d’impuissance, partagé par les élus locaux. La petite mairie de Sécheval, mitoyenne de l’église du village toute de pierre jaunie, abrite un élu quelque peu dépassé par l’ampleur de la crise. Philippe Canot, 66 ans, maire de la commune depuis 1983 et président des communes forestières ardennaises, déplore le manque d’implication publique en faveur de la protection de la forêt : « Pourquoi le ministère ne s’appelle-t-il pas “ministère de l’Agriculture et de la Forêt“ ? Pourquoi aucun conseiller interministériel n’est-il chargé des problématiques forestières ? ». Regroupées dans la Fédération nationale des Communes forestières (COFOR), les municipalités tentent d’alerter l’opinion : elles ont lancé un appel pour la sauvegarde des forêts françaises en décembre 2019. Le contrat de gestion tripartite avec l’ONF et l’État sera bientôt renouvelé en 2020, mais les communes forestières « peinent à faire confiance » à un échelon central qui ne leur vient guère en aide financièrement, confie M. Canot.

Recouvrant environ 27% du territoire communal, les forêts environnantes représentent un intérêt pour son village et ses habitants. « Les habitants sont liés à la forêt : ils ont toujours vécu avec grâce à l’affouage », explique le maire. Pratique liée à la vie locale, le droit d’affouage octroie une partie du bois communal à l’usage domestique des administrés, en respectant des quotas. L’édile évoque aussi la différence du climat actuel de la région avec celui connu plusieurs années en arrière par le passé. « Actuellement, les hivers doux n’arrangent en rien à cette crise » explique-t-il avec dépit. Le personnel de l’ONF travaille pourtant main dans la main avec les communes de la région et ses élus pour tenter de faire front face à l’épidémie d’insectes xylophages, et organisent tant bien que mal l’évacuation des bois scolytés.

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Source: note de synthèse Fibois, décembre 2019. Les volumes ne tiennent comptent que des bois commercialisés et sont donc sous-estimés.

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Au-delà des Ardennes, c’est le Grand-Est dans son ensemble qui est touché par la déforestation : les Vosges et le Jura sont confrontées au dépérissement des hêtres, provoqué par la multiplication et l’allongement des périodes de sécheresse. Pour Jacques Baudelot, directeur de l’agence ONF de Charleville-Mézières, « c’est une tempête silencieuse » qui s’abat sur la forêt. Debout devant la carte du périmètre de l’agence, le directeur, lui-même ancien technicien, présente l’organisation de ses équipes : une cinquantaine d’agents couvre 81 000 hectares de forêt.

Ardennais de longue date, il a pu observer le changement graduel du climat et se souvient des hivers des années 1980 : « il y avait de la neige sans discontinuer du premier au dernier jour ; cette année, pour l’instant, nous n’avons eu qu’un jour de neige et cinq à six jours de gel, la différence est impressionnante ».

Dans le bois de l’Or, les monocultures d’épicéas ont été introduites en plusieurs vagues, dans les années 30 et 50. « Les préoccupations étaient alors différentes, davantage tournées vers la production », analyse Philippe Lecomte, responsable de l’aménagement en poste à l’ONF depuis 1978. Droit dans sa tenue barrée d’un liseré vert pâle, le regard clair, il livre une description minutieuse du plan d’aménagement du bois de l’Or. Celui-ci, établi pour une période de 20 ans, recense toutes les essences présentent sur le territoire et planifie, pour chaque parcelle, les actions à mener en matière de production de bois, d’entretien et de renouvellement des forêts publiques. Le cycle de gestion des arbres s’étale sur plusieurs générations humaines et l’anticipation des conditions climatiques futures ne peut se baser que sur des hypothèses.

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« Placette » du Réseau national de suivi à long terme des écosystèmes Forestiers (RENECOFOR) implantée dans la forêt domaniale de la Croix-Scaille, aux Vieux-Moulins de Thilay. ©Marion Esquerré

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Des îlots d’avenir

« La forêt est en première ligne », confirme Manuel Nicolas, responsable à l’ONF du Réseau national de suivi à long terme des écosystèmes forestiers (RENECOFOR). Basé à Fontainebleau, le scientifique chapeaute un dispositif national créé en 1992 qui récolte des données très précises sur le climat (température, pluviométrie) grâce à 102 placettes – sites de recueil de données -, dont une une aux Vieux-Moulins de Thilay, au nord de Monthermé. « Trente ans, c’est bien peu pour avoir un recul suffisant », nuance-t-il.

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« Il va falloir procéder par tests, remettre en cause les dogmes », explique Manuel Nicolas, du réseau RENECOFOR de l’ONF. « Nous ne sommes pas sûrs d’aller aussi vite que le réchauffement ».

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Face aux menaces qui pèsent sur des essences aussi importantes que le hêtre et les résineux, l’ONF joue la carte de l’innovation et a ainsi lancé, depuis 2011, le projet Giono. Celui-ci repose sur le concept de « migration assistée » : des graines de diverses provenances sont ainsi sélectionnées dans le sud de la France pour germer dans une pépinière de Loire-Atlantique et enfin être plantées en forêt de Verdun. Dans la même perspective, une centaine d’ “îlots d’avenir” est ainsi déjà expérimentée en Lorraine, afin de voir si des essences du Sud, voire exotiques, pourraient venir repeupler les forêts du Nord. Le sapin de Turquie ou le cèdre de l’Atlas pourraient ainsi à terme être mieux adaptés au nouveau climat. Les monocultures, plus fragiles, devront sans doute céder la place à des forêts plus diversifiées et plus résistantes.

Face à un réchauffement dont la rapidité a été sous-estimée, la patience est de mise, « il va falloir procéder par tests, remettre en cause les dogmes », explique Manuel Nicolas. Bien conscient de la détresse qui peut s’exprimer chez les forestiers, il souligne que les remèdes ne seront pas disponibles rapidement. « Nous ne sommes pas sûrs d’aller aussi vite que le réchauffement », concède-t-il.

Sur les hauteurs de Monthermé, la pluie et la brume n’entrave en rien la motivation de Raphaël à préserver son environnement de travail. « C’est important de continuer de se battre pour les arbres » affirme-t-il. Les trouées dans la canopée, provoqués par la coupe des arbres attaqués par les scolytes, permettent aussi à la forêt de se régénérer naturellement. Pour le jeune employé de l’ONF, une part de la solution réside dans le cycle de la forêt en lui-même. Un parterre d’épicéas d’une trentaine de centimètre poussant aléatoirement, marque une zone de forêt se développant sans interventions humaines. Ce désordre végétal détonne au milieu des arbres rangés de manière quasi militaire sur le reste de la parcelle. « Le fait de laisser la forêt grandir naturellement peut faire espérer une évolution génétique des individus pour mieux résister aux attaques de scolytes, mais il faudra du temps pour en voir les effets ». Mais cette adaptation de l’essence prendra du temps, alors que la vitesse de développement de l’invasion de scolytes est en passe de causer de nombreux dégâts à court terme.  

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Alexis, agent ONF. « Nous organisons les chantiers de coupe pour protéger aux mieux les arbres sains et le sol. C’est contraignant pour les gros exploitants qui recherchent la productivité. Nous faisons remonter leurs infractions à l’ONF. En vain ».

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Christian (à g.), retraité de l’ONF, rend visite à Charles, son ancien collègue. « L’ONF ne contracte qu’avec des groupes forestiers qui se déplacent seulement pour de gros volumes, au moins 750 à 1000 épicéas. Cela empêche d’évacuer rapidement les bois scolytés ».

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Raphaël, représentant du Snupfen-ONF dans les Ardennes. « Ca fait mal de voir tout le travail de gestion et de soin des forêts balayé en quelques mois. Des arbres de qualité se vendent à 10, voire 5 euros le m3, contre 70 à 90 euros en temps normal ».

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Le forestier dégage un calme naturel, tranchant avec ses propos offensifs. Représentant du Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel (Snupfen), il se bat contre les réductions d’effectifs, de 15 000 en 1985 à 9 000 en 2019, et souligne la « souffrance éthique » des agents, liée à une perte de sens de leur travail.

D’après les syndicats, 49 suicides en 15 ans sont à dénombrer au sein du personnel de l’ONF. Ils témoignent d’un profond mal-être chez les agents. Les gardes forestiers sont désormais dénommés « techniciens forestiers territoriaux ». « La première appellation ne plaisait sans doute pas à notre Direction », explique Raphaël, « on ne nous considère pas comme des gardiens prenant en compte toutes les fonctions de la forêt, mais comme des employés spécialisés. La production sylvicole prend le pas sur l’accueil du public et la protection de l’écosystème ».

En effet, lesdits gardiens ont fort à faire : ils sont chargés de veiller chacun sur une surface de 1 500 à 2 000 hectares. Deux ans sont nécessaires pour connaître son secteur et les tâches administratives et de reporting s’accumulent. En 1966, à la création de l’ONF, les agents étaient équipés non pas de voitures, mais de vélos de fonction pour inspecter des portions plus réduites. Une période bien lointaine.

Mais les revendications des personnels de l’ONF dépassent les problématiques classiques portant sur les rémunérations et les conditions de travail. « Sur nos pancartes, il est moins souvent écrit “Augmentez nos salaires” que “Quelle forêt voulons-nous pour nos enfants ?” ». Avant tout préoccupé par le devenir des arbres, le jeune syndicaliste n’a jamais douté de sa vocation. Il réaffirme, d’un ton toujours posé : “La forêt n’a pas de voix, il faut parler pour elle”. Il est également membre de SOS Forêt, association active sur l’ensemble du territoire pour préserver ces espaces.

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 Les scolytes laissent des traces importantes sur les forêts du Grand-Est. [DIAPORAMA]

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Selon Raphaël, il faut “agir vers l’extérieur” et éduquer les jeunes générations à l’importance de l’écosystème forestier. « Il faut que les élus, mais aussi la population, se sentent concernés par la forêt et son importance » explique-t-il avec une pointe d’amertume, en dénonçant une insuffisance des moyens mobilisés par l’État français : pour l’instant, 16 millions d’euros ont été investis, dont 6 millions ont été attribués à un plan de soutien à la commercialisation du bois scolyté et 10 millions d’euros à la régénération des bois dévastés. Ceci en attente d’un plan structurel en faveur du reboisement, qui doit être présenté d’ici à la fin mars 2020.

À titre de comparaison, l’Allemagne, elle aussi fortement touchée par cette crise de scolytes, a pour sa part décidé d’employer les grands moyens. Ce ne sont pas moins de 800 millions d’euros qui ont été engagés dans la lutte pour le reboisement des sites forestiers touchés. La région de la Saxe, située à l’Est de l’Allemagne, a de plus bénéficié du renfort de l’armée pour évacuer les arbres morts des forêts.

A l’issue du troisième Conseil de défense écologique tenu le 7 novembre 2019, la ministre de l’Écologie Élisabeth Borne a chargé la députée du Nord Anne-Laure Cattelot (LREM) de rédiger un rapport sur l’avenir des forêts avec comme double défi, l’adaptation des forêts au changement climatique, et la protection de la filière bois. Les premières conclusions devraient être présentées lors du Congrès Mondial de la Nature qui se tiendra à Marseille du 11 au 19 juin 2020.

En attendant, très attachés à leur métier et à la forêt, les agents sont intimement liés à la vie des arbres, agressés par les insectes et la sécheresse. La tempête de 1999 reste un souvenir douloureux pour ces professionnels qui ont vu des dizaines d’années de gestion réduites à néant. Mais si cette crise était ponctuelle et la guérison des massifs, une question de temps, la crise climatique, elle, s’étire à un horizon indéterminé.

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