Demain l’effondrement, avec ou sans enfants ?

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On les appelle les collapsos. Face à l’urgence climatique, ils se préparent à l’effondrement probable de la civilisation industrielle. Ils se rencontrent sur les réseaux, se réunissent dans la vraie vie, créent des lieux d’échanges et de résilience, font des enfants. D’autres à l’inverse, font le choix plus radical, de se mettre en grève des naissances pour limiter leur impact sur la planète

 

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Des champs de céréales, de betteraves, et l’horizon à perte de vue. Chaintreaux, en Seine-et-Marne, a des allures de bout du monde. Cette commune de 917 habitants n’est pourtant qu’à une heure de Paris. Aujourd’hui, les averses alternent avec un soleil timide, qui peine à percer le ciel de février. Le faible bruit d’une tronçonneuse se fait entendre malgré les rafales de vent. À l’entrée de la bourgade, un panneau en bois gravé « Wapi » invite les visiteurs à accéder à un grand terrain boueux. Un premier mazet en pierre, en cours de rénovation, apparaît devant une yourte, puis un potager en hibernation, une longère et un second mazet plantent le décor de cet « écolieu » en devenir.

La porte s’entrouvre sur les propriétaires des lieux, Johan et Heiani, un couple de trentenaires sourire aux lèvres. Rowan, leur bébé de six semaines, est endormi dans les bras de sa mère. La visite de la longère s’enchaîne. Chaque pièce porte un nom de ville : « Rio c’est pour la loge, Dakar, pour le salon, Rome, pour la cuisine, et Paris, pour les toilettes ! », plaisante Johan.

Quelques livres sur l’effondrement trônent sur les étagères de la bibliothèque. Et tout au fond, Marrakech, une pièce équipée d’une piscine et d’un sauna. Se préparer à l’effondrement, oui, mais en douceur, précise Johan : « Nous retapons tout nous-mêmes, avec du bois de récupération, du chanvre pour l’isolation. Nous faisons évoluer ce lieu grâce aux chantiers participatifs pour construire un îlot de résistance ».

Car Johan et Heiani sont bel et bien convaincus que la fin de notre société industrielle est pour 2050. Ils ont créé ce lieu pour s’y préparer et adopter un mode de vie plus résilient. À moyen terme, ils visent l’autonomie en alimentation, en eau et en énergie.

 

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Johan, Heiani et leur bébé collapso, sur leur terrain. @Paloma Laudet

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La collapsologie se base sur des disciplines comme l’écologie ou la sociologie, pour étudier les risques d’effondrement de la civilisation industrielle. Initiée en 2015 par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, coauteurs de Comment tout peut s’effondrer (2015, Seuil), elle s’est depuis popularisée. Mais ses origines remontent à la publication du Rapport Meadows en 1972 [paru aux États-Unis sous le titre The Limits to Growth, ndlr], qui pointait déjà les dangers de la croissance économique et démographique pour la planète. Selon les penseurs de la collapsologie, l’homme a un impact durable et négatif sur la Terre qui pourrait provoquer un effondrement d’ici 2050. Les collapsos sont favorables à un système d’entraide local, à la sobriété énergétique ou encore à la maîtrise de la démographie.

Une enquête de la fondation Jean Jaurès du 10 février 2020 intitulée « La France : patrie de la collapsologie ? » montre comment la collapsologie gagne du terrain en France. 65 % des Français interrogés adhéreraient à cette théorie. Pour la majorité des sondés, l’effondrement aurait lieu progressivement d’ici vingt ans. Les causes mises en avant seraient le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources et la surconsommation. Selon la même étude, 41 % des Français interrogés ont déjà pensé à prendre des mesures en cas d’effondrement, comme trouver un lieu de repli dans un village isolé. Si bien que, depuis deux ans, les groupes de collapsonautes fleurissent sur la toile, notamment sur Facebook. Celui de La collapso heureuse, créé en 2017 rassemble aujourd’hui près de 30­000 membres en France et en Suisse.

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Rencontrons-nous avant la fin du monde

Pour Johan, le déclic a été la démission du ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, en septembre 2018. Il se plonge alors dans la littérature collapso. De son passé de cameraman pour la télévision, il se souvient : « J’évoluais dans un monde factice, surfait de champagne et de paillettes, qui ne me convenait plus. » Johan et Heiani se rencontrent sur le groupe Adopte un.e collapso ‒ rencontrons nous avant la fin du monde en 2019. Créé, au départ, sur le ton de la boutade par des amis, en octobre 2018, la page fédère aujourd’hui quelque 5­100 membres. Elle propose aux participants de rencontrer des personnes en quête d’amour ou de permaculture, partageant les mêmes visions de l’avenir. « Tout s’est passé très vite pour nous », enchaîne Johan. Un nouvel an collapso avec des membres du groupe, la rencontre sur la toile avec Heiani et leur union donne rapidement naissance à Rowan, un bébé collapso.

« Je ne voulais pas d’enfant, se souvient Heiani. Je n’avais pas la fibre maternelle et, biologiquement, d’après les médecins, je ne pouvais pas en avoir. » Pourtant, un mois et demi après sa rencontre avec Johan, elle tombe enceinte. Heiani, d’origine polynésienne, a préparé du thé au jasmin. Installée au salon Dakar, autour d’un touret en bois en guise de table, revient sur son parcours en allaitant son bébé. « Quand je suis tombée dans la collapsologie, faire des enfants sur une planète aux ressources limitées et que l’homme détruit, ce n’était pas envisageable. »

 

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Heiani, Johan et Rowan reviennent sur leur rencontre. @Paloma Laudet

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La solastalgie, perdre sa maison

Elle n’est pas la seule à cultiver de sombres pensées liées à l’environnement. La crise climatique peut peser lourdement sur la santé mentale.Johan et Heiani ont, selon eux, vécu des épisodes dépressifs assimilables à un deuil, avant de trouver leur voie.

Charline Schmerber, 35 ans, psychopraticienne en thérapie organique à Montpellier, a réalisé une enquête sur l’« éco-anxiété » en novembre 2019, à partir des groupes Facebook qui font florès sur le sujet. Elle constate que « tous, moi comprise, avons traversé un processus de deuil : c’est une notion de sécurité qui est perdue. Ça bloque la notion de futur et d’imaginaire, dont la volonté d’enfant est une prolongation ».

Face au dérèglement climatique qui entraîne famines, guerres et vagues migratoires, de plus en plus de personnes se posent la question : avoir ou pas des enfants ? Selon l’étude publiée en 2017, « The climate mitigation gap », de Kimberly A. Nicholas, maître de conférence en science de la durabilité à l’université de Lund en Suède, et de Seth Wynes, chercheur au département géographie de l’université de Colombie-Britannique de Vancouver, un enfant de moins par famille vivant dans un pays industrialisé éviterait l’émission de 58,6 tonnes de CO2/an – contre 0,1 tonne/an pour un enfant au Malawi : les enfants des pays riches seraient donc de réels dangers écologiques ! Une affirmation qui sonne aux oreilles de certains comme une véritable provocation.

 

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À Besançon, en ce mardi pluvieux d’un début de mois de février, dans un café tranquille du centre piétonnier, la provocation s’appelle Aurélie. Rires en cascade sous de longs cheveux blonds, elle a commis l’impensable du point de vue de la société : elle a choisi de subir une double salpingectomie — l’ablation chirurgicales des trompes — une stérilisation volontaire à 25 ans. Un choix rarissime chez une femme qui n’a pas d’enfant.

 

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Aurélie, 27 ans, a eu recours à la contraception définitive. @Paloma Laudet

 

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Théoriquement autorisée en France après un délai légal de réflexion de quatre mois, l’opération est, dans la réalité, beaucoup plus complexe à obtenir. « Vous vous trouvez face à un mur de refus de la part des gynécologues », dénonce Aurélie. Pourtant, sa décision était ferme : « En l’espace de deux cents ans, depuis la révolution industrielle, on a réussi à flinguer notre écosystème : Je ne me voyais pas prendre la responsabilité d’élever un enfant dans le contexte actuel où tout est instable, où les scientifiques s’accordent à dire que nous sommes à 23h58 de la fin du monde, à cause du réchauffement climatique et des crises qu’il engendre. »

Élevée par des femmes — en particulier par sa grand-mère —, elle reconnaît volontiers n’avoir jamais envisagé de faire des enfants : « J’aime bien ceux qui sont dans mon entourage, mais ma mère savait depuis que je suis toute petite que je n’en voulais pas ! » C’est en classe de première, au lycée, à la faveur de travaux pratiques en cours de biologie, que se forge en elle une conscience écologique. En 2006, Une Vérité qui dérange, le film de Davis Guggenheim sur Al Gore, est pour elle « un véritable traumatisme ».

Sa décision mûrit lentement, mais sûrement : « J’ai commencé par avoir peur de tomber enceinte, et puis, petit à petit, cette peur s’est muée en force. » En 2017, elle découvre sa grossesse, avorte, et commence à se rendre sur les groupes Facebook, tels que Stérilisation volontaire féminine. Aurélie y trouve conseils, soutien, ainsi qu’une liste de gynécologues acceptant de pratiquer l’intervention sur le territoire français.

 

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Une démarche taboue

Une année semée d’obstacles s’écoule, entre sa prise de décision et l’intervention. Car la démarche reste taboue, même si un nombre croissant de femmes, déçues par la méthode Essure (obturation des trompes au moyen d’un ressort), s’y déclarent favorables et cherchent à s’informer. Dans l’expérience d’Aurélie, le choix de se faire stériliser pour des motifs environnementaux est moqué par le corps médical : « J’ai dû taire ma motivation écologique. Pour entamer toute démarche de stérilisation, il faut s’accrocher, mais avec ce genre de raison, c’est encore plus difficile ! », regrette-elle. On lui reproche son égoïsme : « J’ai rétorqué qu’avoir un enfant est tout aussi égoïste : il s’agit d’une personne qui va polluer. Je n’aurai pas entraîné un autre être humain dans cette angoisse de tous les jours. Pour moi, c’est une question de responsabilité. »

La jeune femme se félicite aujourd’hui de sa décision : « Enfin c’est fait ! Je vais pouvoir reprendre ma vie sans cette peur de mettre un enfant au monde, cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ». Aurélie sourit : « Je reconnais que j’ai un fond de pessimisme, d’après moi, il faudrait arrêter de faire des enfants, changer notre mode de vie de manière drastique et après, refaire des enfants. »

 

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Une nécessaire continuité

À Wapi pourtant, la collapsologie ne semble pas en opposition avec la procréation. « Une continuité est nécessaire, affirme Johan, sinon, c’est la fin. Par contre, mes enfants seront des guerriers. Je veux les habituer à vivre à la dure, qu’ils soient rapidement autonomes, pour les préparer à un futur catastrophique. » Heiani en est persuadée : « Plus il y aura d’enfants sensibilisés à l’écologie, plus il y aura d’adultes qui iront dans une direction plus pérenne pour la planète. » Cette ancienne professeure de biologie, pour qui la transmission est essentielle, souhaite ainsi créer une crèche afin d’accueillir les bambins de Chaintreaux et des communes voisines.

Le jeune couple a décidé de relever le défi, d’avoir un enfant sur une planète en pleine crise. Mais ils lui ont choisi un prénom de guerrier. Rowan, vient des mots germaniques hrod, « gloire » et wald, « celui qui gouverne ». À seulement six semaines, leur bébé porte déjà une lourde responsabilité.

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