Assaël Adary, patron du cabinet Occurence: “Combien sont les manifestants ? Personne ne peut le dire exactement”

Depuis la mobilisation contre la loi El-Khomri en août 2016, le cabinet Occurrence s’est spécialisé dans le comptage de manifestants. Assaël Adary, son fondateur, explique comment sa société en arrive à des chiffres sujets à critique, et quelles sont leurs limites.

Est-actu: À chaque manifestation, votre cabinet produit pour 70 médias partenaires un chiffre dénombrant les participants. La technologie utilisée est-elle autonome, ou ses résultats sont-ils calculés humainement ?

Assaël Adary: On développe beaucoup de technologies, avec toujours la même conviction : ne pas les laisser tourner toutes seules. Dans une manifestation, il y a des aléas qui compliquent le comptage. Nous procédons régulièrement à des micro-comptages sur trente secondes, repassées au ralenti. Si on constate une différence entre le comptage humain et celui de la technologie, trois coefficients de correction sont possibles : manifestation peu dense, dense ou très dense, pour ainsi corriger les chiffres durant telle ou telle manifestation.

E-A: Votre technologie n’utilise qu’un point de passage sur le parcours d’une manifestation. Quand elles sont désordonnées, comme le 5 décembre dernier, où la moitié des manifestants empruntaient un itinéraire bis, votre système devient-il inopérant ?

AA: Non. Pour cette manifestation, à Paris, le chiffre donné est celui des personnes qui sont passées par le 4, boulevard de Magenta, dans le Xe arrondissement. On ne dit rien d’autre que cela. Notre postulat est que manifester consiste à déambuler d’un point A à un point B. Si on fait seulement les cinquante premiers ou derniers mètres, on ne sera pas comptabilisé.

E-A: Les manifestants présents mais ne passant pas sous le point de passage ne sont donc pas comptabilisés ?

AA: En effet, ils ne sont pas comptés. À la question “combien sont-ils ?”, personne ne peut répondre précisément. Nous n’avons jamais prétendu pouvoir le faire. Quand un résultat est communiqué aux médias, nous leur envoyons un mail indiquant que nous avons comptabilisé toutes les personnes passées devant tel ou tel point de passage, et seulement celles-là, avec l’adresse exacte en lettres capitales.

E-A: Cette précision est pourtant omise par bon nombre de médias qui reprennent vos chiffres. Cela ne vous gêne pas ?

AA: Je n’ai pas à prendre position. Chacun effectue son propre arbitrage éditorial et médiatique.

Propos recueillis par Sinbad Hammache