Saint-Ouen : manifestation contre la vente des logements HLM

Alors que la justice a tranché en 2016 contre la fusion des bailleurs sociaux, le maire de la ville continue d’agir sans tenir compte de sa décision. Les habitants restent mobilisés et comptent sur les syndicats pour faire contrepoids lors du conseil d’administration de Saint-Ouen Habitat Public.
Rassemblement des Audoniens, de la CGT et de la CNL devant le centre administratif pour la défense du logement social public à Saint-Ouen, lundi 18 décembre 2017. Photo : © Odhràn Dunne.

Les orteils commencent à geler. Ils sont une quarantaine à attendre dehors depuis plus d’une heure l’issue du conseil d’administration de Saint-Ouen Habitat Public (SOHP), l’office municipal d’HLM. L’enjeu de la réunion en cette soirée du 18 décembre est « toujours le même », se désespère une habitante : empêcher la vente de près de 6 000 logements sociaux à la Semiso, société d’économie mixte détenue à 85 % par la ville de Saint-Ouen. Une opération chiffrée à 455 millions d’euros à laquelle s’est opposée, en avril 2016, Emmanuelle Cosse, la ministre du Logement lors du précédent quinquennat. Malgré la confirmation de la décision ministérielle par le tribunal administratif de Montreuil le 26 octobre, le maire UDI de Saint-Ouen, William Delannoy, tente de passer en force.

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Denis Vemclefs, conseiller municipal et militant actif du Front de gauche, accompagne les locataires dans leurs démarches. Photo : © Odhràn Dunne.

Les drapeaux rouges sont de sortie, aux côtés des bonnets et des gants. « Notre objectif de ce soir est simple : faire appliquer la décision de justice. », résume Bruno Beylat, secrétaire de l’Union locale de la CGT. « Ils sont en train de vendre la totalité du parc HLM comme des sauvages, contre l’avis du ministère. C’est du détournement de fonds publics. » Denis Vemclefs, conseiller municipal à Saint-Ouen, militant actif du Front de gauche, a accompagné les locataires au ministère l’année dernière et a demandé, le 13 décembre, que se tienne un conseil municipal extraordinaire dédié au dossier. Refus catégorique du maire. « Bientôt, il ne nous restera plus qu’à porter plainte auprès du procureur de la République », prévient-il.

Mis devant le fait accompli

Parmi les personnes rassemblées, des locataires regroupés au sein de la confédération nationale du logement (CNL), des élus de l’opposition, mais aussi des salariés de l’office HLM. Signe distinctif pour ces derniers : ils sont masqués. « Ils ont peur », explique Gérard Leroy, ancien conseiller municipal.

Les salariés de l’office HLM participent à la manifestation masqués par peur d’être licenciés. Photo : © Odhràn Dunne.

« Deux de leurs délégués syndicaux ont été virés il y a six mois. Ils deviennent employés de la Semiso en toute illégalité et perdent au passage leur statut de fonctionnaires. Ils peuvent se voir dire du jour au lendemain qu’on n’a plus besoin d’eux. » Les quittances de loyer aussi sont passées à l’en-tête de la Semiso, les locataires ont été mis devant le fait accompli.

Les habitants et les syndicats vont devoir s’armer de patience. Bruno Beylat et Philippe Germain leur explique que la réunion n’a pas eu lieu car le quorum n’a pas été atteint. Photo : © Odhràn Dunne.

Au bout d’une heure et demie, Philippe Germain, délégué national de la CNL, et Bruno Beylat sortent par la porte arrière du bâtiment sous les applaudissements. Un cercle se forme spontanément autour d’eux. « Bon, le compte-rendu de la réunion va être rapide. », prévient Bruno Beylat. « Il n’y a pas eu de réunion. » Le quorum de participants n’a pas été atteint et le maire, sans surprise, n’a pas jugé l’occasion opportune pour pointer son nez. « On va montrer qu’on est toujours là ! La justice est lente mais elle avance », conclut Bruno Beylat. « En attendant, on est quitte pour un nouveau conseil d’administration le 29 décembre… le premier de l’année, il était temps ! »

Rédactrice : Estelle Cholet – Photographe : Odhràn Dunne