L’adjoint à la maire de Paris, Ian Brossat, veut rendre la capitale plus abordable

Le budget annuel de Paris pour le logement représente 420 millions d’euros, soit un tiers du budget global de la ville. Et la capitale n’est pas si mauvaise élève en matière de logements sociaux, puisqu’elle atteint les 21 %. Ian Brossat a distillé lundi devant les adhérents PCF la politique de la ville en matière de logement. Celle-ci est-elle en adéquation avec les préoccupations des Parisiens ?

Ian Brossat, adjoint (PCF) à la maire de Paris chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence, s’est rendu le 18 décembre à l’antenne locale du parti communiste français du 20e arrondissement pour s’entretenir avec les militants du quartier. L’élu a présenté les bases de la politique du logement de la capitale. Les adhérents en ont profité pour lui faire part de leurs inquiétudes et interrogations. Le jeune adjoint parisien a déroulé son programme pour « rendre Paris plus abordable ». Régulation du logement privé et développement du logement social sont les deux axes sur lesquels la mairie de Paris travaille.

Ian Brossat a présenté le 18 décembre 2017 aux militants PCF du 20e arrondissement de Paris, son programme pour réguler le logement privé et développer le logement social. Photo : © Mathieu Menard

Le logement social représente 16 % des logements en France. Depuis 2001, la capitale est passée au-dessus de la moyenne nationale avec 21 %. La répartition des logements sociaux par arrondissement reste encore en déséquilibre, malgré une volonté marquée de changement. Pour cela, la mairie de Paris a plusieurs possibilités. Elle impose tout d’abord un quota de 30 % de logements sociaux pour toute nouvelle construction dans les arrondissements déficitaires, sous peine de ne pas délivrer de permis de construire. Elle peut également récupérer des locaux appartenant à l’État via son bailleur, comme l’ancien immeuble du ministère de la Défense dans le 7e arrondissement, ou user de son droit de préemption urbain, qui l’autorise à se soustraire à un acquéreur privé pour l’achat d’un bien immobilier (immeuble ou appartement) dans des zones définies.

Ian Brossat s’oppose à l’actuel gouvernement ainsi qu’aux réformes et lois à venir concernant le logement. La fragilisation des bailleurs sociaux forcés de baisser les loyers, le risque de « ghettoïsation du parc de logements sociaux » avec la fin des baux à vie, et la menace de hausses de loyer du fait de la réforme de la loi Alur ont été abordés lors de cette réunion. Il regrette également des solutions juridiques insuffisantes pour lutter contre les logements vides, ou n’hébergeant pas des Parisiens. Les réquisitions nécessitent l’accord des propriétaires, les taxes sur les logements vacants ne dissuadent pas assez. La plateforme Airbnb est dans le viseur de l’élu, qui souhaite la forcer à ne publier que les annonces concernant des logements enregistrés légalement.

La crainte de la gentrification

Mais les attentes des adhérents et habitants sont plus pragmatiques. La crainte de gentrification des villes de petite couronne dans le cadre du Grand Paris est flagrante. Pour Ian Brossat, le défi est de « réussir à améliorer ces quartiers par la construction de nouveaux logements sociaux, sans pour autant gentrifier ». Jean, étudiant de 28 ans à Saint-Denis, n’est pas convaincu. Les nouvelles lignes de métro participent selon lui à la spéculation immobilière. « Ce qui est inquiétant, c’est que visiblement, lui-même n’a pas l’air de savoir à quelle sauce ces départements de la petite couronne vont être mangés. »

Jean, étudiant à Saint-Denis et adhérent au PCF, craint la hausse des prix de l’immobilier avec l’arrivée des nouvelles lignes de métro. Photo : © Mathieu Menard

Les situations précaires extrêmes sont toujours une préoccupation des militants. Isabelle, 55 ans, rédactrice indépendante, est venue car elle regrette que les institutions ne prennent pas en charge les personnes en difficulté avant qu’elles ne soient expulsées. « On doit passer par des étapes de violence inouïe pour être enfin prioritaires au logement social. Sans logement, on n’a plus de dignité humaine. »

Les éco-quartiers et autres logements participatifs sont une grande fierté de la mairie de Paris, comme le projet de Saint-Vincent-de-Paul dans le 14e arrondissement. La question de la pérennisation du centre d’hébergement d’urgence présent aujourd’hui sur le site des Grands Voisins, dans ce futur projet de logements, n’est pas d’actualité. « C’est un peu le principe, on fait de l’intercalaire. Il faut déménager à chaque fois. » Ian Brossat nous avoue, à demi-mot, qu’il n’est pas prévu qu’il y reste.

Rédactrice : Nadia Bouchenni – Photographe : Mathieu Menard