Expulsion aux Grands Voisins : « Nous répondions à un besoin »

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Benoît Delol, fondateur de l’association Mon Premier Bureau est un activiste déterminé. Plusieurs happenings culottés ont mis en avant son combat, pour offrir aux chômeurs un lieu de travail à la hauteur de leurs moyens. À quelques semaines de l’expulsion, il répond aux questions de Médialibre.
Benoît Delol est le fondateur de Mon Premier Bureau, un espace de travail solidaire à Paris ouvert en janvier 2016. En novembre 2017, il s’est présenté totalement nu au conseil d’arrondissement de la mairie du 14e. Photo : © Ophelia Noor

Mon Premier Bureau est locataire aux Grands Voisins depuis 2015, et votre contrat s’achève à la fin du mois. Pour quelles raisons ?

Le propriétaire du site des Grands Voisins, la société Paris Batignolles Aménagement, souhaitait que les deux tiers du site soient évacués. Les associations organisatrices, Aurore, Plateau Urbain et Yes We Camp, ont donc mis fin à l’ensemble des contrats des occupants et ont organisé un appel à projets visant à réattribuer les espaces qui resteront utilisables jusqu’en 2020. Certaines d’entre elles ne pouvaient pas y postuler, c’était le cas de la mienne. Nos locaux ne faisaient pas partie de l’appel à projet parce qu’il y avait une réutilisation déjà prévue par la mairie du 14e arrondissement. Je savais que nous avions un temps limité sur place avec Mon Premier Bureau mais j’ai pris cette opportunité aux Grands Voisins, parce que j’avais besoin d’une preuve de mon concept. Depuis 2013 je demandais un lieu vacant pour répondre à ce besoin qu’ont les demandeurs d’emploi en projet de création d’entreprise, mais sans succès. Pour moi, la mairie a décidé de communiquer différemment sur son projet de futur écoquartier et sur la deuxième phase des Grands Voisins. Notre projet pour ces chômeurs qui travaillent derrière leurs bureaux n’est pas glamour, pas vendeur, donc la mairie préfère autre chose. Ce n’est pas acceptable.

Comment faire comprendre dans ce cas la nécessité d’avoir un local pour sa création d’entreprise ?

Nous avons deux artisans, par exemple, qui partagent un espace de fabrication de 20 m2 avec un espace de stockage pour un tarif très intéressant. Une activité artisanale prend de la place. Dans le tertiaire, le fait de pouvoir laisser ses affaires sur place, retrouver son poste de travail, c’est aussi une manière de professionnaliser sa démarche. Si on prend l’ aspect de la motivation, qui est difficile à entretenir quand on reste chez soi, venir en coworking est une sorte de moteur. Le matin on retrouve des gens qui sont dans la même démarche avec la possibilité d’échanger. Les créateurs d’entreprise ne sont pas des super héros prêts à tout subir. Il faut maximiser leurs chances en leur donnant un environnement professionnel.

Un espace loué 99 euros par mois par poste de travail – Photo : © Ophelia Noor.

Quel est votre plan pour le futur de Mon Premier Bureau, maintenant que vous avez votre preuve de concept 

Je n’avais aucun doute sur le fait que nous répondions à un besoin, et nous avons pu voir que notre modèle économique est valide, avec un loyer en dessous du marché (Mon Premier Bureau paye 1 200 euros par mois pour 140 m2), comme c’est le cas aux Grands Voisins. Quand j’entends la mairie parler encore d’expérimentation, c’est insupportable, car on a largement dépassé ce stade. Il s’agit de lutter contre le chômage. J’essaie donc de mobiliser l’État et la région. Globalement j’ai peu de réponses des politiques, pourtant il y a des locaux vacants. Je regarde aussi du côté des entreprises privées ou des particuliers. Mais l’idée est de rester sur place, de ne pas rendre les clefs, même si on doit passer sur le terrain juridique. Nous attendons la décision d’expulsion et nous ferons valoir les clauses abusives du contrat.

Rédacteur : Emmanuel Guillet – Photographe : Ophelia Noor