S’appeler Mohamed, un handicap pour se loger en France

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Une étude menée par le CNRS montre que les personnes portant un nom à consonance maghrébine sont fortement défavorisées dans leurs quêtes de logement. Le Défenseur des droits tire la sonnette d’alarme.
Les personnes portant un nom à consonance maghrébine risquent davantage de trouver fenêtre close quand elles répondent à une annonce immobilière. Photo : © Arnaud Botrel.

Le CNRS a publié vendredi 15 décembre une étude statistique d’ampleur nationale démontrant l’importance des discriminations selon l’origine dans l’accès au logement locatif du parc privé. Alors que le projet de loi sur le logement annoncé par le gouvernement place la mobilité et la mixité sociale au cœur de ses objectifs, cette étude révèle que les personnes présumées d’origine maghrébine ont 26,7 % de chances en moins que celles présumées d’origine française de voir leurs démarches aboutir.

Les chercheurs de la fédération travail, emploi et politiques publiques du CNRS ont envoyé cinq candidatures fictives, entre juin et décembre 2016, à plus de 5 000 annonces de locations sur l’ensemble du territoire ; une méthode de testing encore peu appliquée en France. Les noms et profils des candidats ont été imaginés afin de couvrir plusieurs motifs de discrimination : l’âge, l’origine et le lieu de résidence. Si les candidatures de « Sébastien Petit » ont un taux de succès (réponse non négative) de 13,94 %, « Mohamed Chettouh » est lui à 10,12 %, et « Désiré Sambou » à 9,44 %. Des discriminations tout aussi marquées, voire encouragées, lorsque les annonces sont gérées par des agences immobilières et non par des particuliers. En décembre 2016, une agence avait été épinglée pour avoir indiqué dans une fiche de location : « nationalité française obligatoire, pas de Noir », pour coller aux préférences personnelles des propriétaires.

Les plus mauvais élèves

Menée sur les 50 plus grandes aires urbaines de la métropole, l’enquête révèle, sans pouvoir toutefois l’expliquer, une grande disparité géographique. Parmi les villes où l’intensité des discriminations est le plus forte : Perpignan, Limoges, Avignon et Nancy. Limité à la première étape de l’accès au logement (la prise de rendez-vous en vue d’une visite), ce rapport montre la réalité des difficultés dont beaucoup témoignent. Selon une enquête publiée la veille (jeudi 14 décembre) par le Défenseur des droits, 46 % de la population considèrent que les discriminations dans l’accès au logement sont fréquentes, voire très fréquentes. En revanche, seul 11 % des personnes concernées ont entrepris des démarches pour faire valoir leurs droits. Chargée de défendre les citoyens face à l’administration, mais aussi de lutter contre les discriminations, l’institution publie à cette occasion un guide détaillant les droits des candidats à la location.

Devant leurs résultats, les chercheurs du CNRS en appellent à une réaction de politique publique et évoquent quelques pistes : lutte contre la précarité, accès au logement social et mécanismes de garanties des loyers.

Rédactrice : Gilda Fougeront – Photographe : Arnaud Botrel