L’hébergement semi-autonome, clef de l’insertion des mineurs isolés

Les jeunes non accompagnés pris en charge en France se voient parfois proposer, via des fondations comme La Vie au grand air, un hébergement en semi-autonomie. Le dispositif leur permet à la fois de se stabiliser et de bénéficier d’un accompagnement éducatif.

« Au foyer, il y avait des bagarres tout le temps. Ici, personne ne rentre dans ma chambre. » Abubacar Cheema a 17 ans, vient du Pakistan et a résidé dans plusieurs foyers en France, avant d’arriver dans cet appartement de quatre pièces situé dans le 13e arrondissement de Paris, qu’il partage avec deux autres jeunes. Il est pris en charge par la fondation La Vie au grand air, au titre d’une mesure d’assistance éducative et de protection, au sein d’un service de semi-autonomie accueillant 33 jeunes répartis sur 12 logements. La plupart d’entre eux sont des mineurs isolés venant d’Afrique subsaharienne, du Pakistan ou d’Afghanistan.

Dans l’appartement partagé mis à disposition par La Vie au grand air, les jeunes pris en charge par la fondation peuvent commencer une nouvelle vie. Photo : © Florent Pommier

Grâce au logiciel de régulation Hugo, dès qu’un logement se libère, il peut être réattribué, mais Bruno Mouchard, directeur du service, précise qu’il y a peu de turnover. Contrairement aux dispositifs de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), dans ce type de structure conventionnée par l’Aide sociale à l’Enfance (ASE), les mandats de prise en charge sont suffisamment longs pour définir avec les jeunes, les espaces et les projets les mieux adaptés à leur parcours. « Il y a parfois de belles histoires, raconte Bruno Mouchard, comme celle de Mithu la Bangladeshi et Fatou la Mauritanienne, qui se sont rencontrées en foyer, se sont bien entendues et logent aujourd’hui dans le même appartement. » Il ajoute que l’année prochaine, elles ne seront plus là, preuve d’un envol réussi avec en prime une amitié qui démarre.

Rouguiatou Bangoura, 17 ans, originaire de Guinée, est hébergée dans un appartement semi-autonome à Paris 13e. Elle est en classe de 1re et prépare un bac professionnel Accueil. Photo : © Florent Pommier

Etre logée en appartement semi-autonome est une chance aussi pour Rouguiatou Bangoura, qui a connu les placements en foyer collectif et à l’hôtel. Elle reste réservée sur les détails de son parcours. Le service dispose de trois studettes, l’une est encore inoccupée, et dans les deux autres logent un étudiant en prépa d’ingénieur informatique et un jeune papa. Si les professionnels des missions des Unités éducatives d’hébergement diversifié (UEHD) de la PJJ tiennent à la notion de protection des jeunes, pour Bruno Mouchard, le cœur du travail de son équipe est l’accompagnement éducatif. Il observe : « L’autonomie est différente en fonction des gamins et le fait de travailler sur site est une mine pour étudier tous les aspects de cette question : faire tourner un budget, changer une ampoule, utiliser une machine à laver, gérer les problèmes du quotidien. » Les éducateurs passent au minimum une fois par semaine dans les appartements. Ludovic Letailleur, technicien d’intervention sociale et familiale, joue un rôle de tuteur. Il veille à la bonne tenue des appartements par les jeunes et les aide si nécessaire.

L’autonomie passe aussi par l’apprentissage des petites choses de la vie et par la poursuite des études. Abubakar Cheema, 17 ans, né au Pakistan, actuellement en classe de 2nde, prépare un bac professionnel Électricité. Photo : © Florent Pommier

Le jeune Abubacar raconte qu’il appréhendait de se retrouver dans l’appartement, mais qu’il est désormais plus serein et apprend à cuisiner avec son colocataire pakistanais. Arrivé il y a moins de quatre ans en France, Abubacar est déjà très à l’aise en français. Bruno Mouchard souligne que les jeunes non accompagnés, aux parcours migratoires à effet dévastateur, possèdent « l’énergie vitale de ceux qui n’ont pas le choix ». Elle leur est utile pour répondre à la question des éducateurs : « Dans un an, on n’est plus là, tu fais comment ? » Comme dans la plupart des dispositifs d’hébergement diversifié, la fin de la prise en charge est abordée dès l’arrivée du jeune, car l’autonomie psychique est la plus compliquée à mettre en pratique.

Le directeur du service a conscience que le dispositif coûte cher, notamment avec l’augmentation du prix du foncier à Paris, mais le département dispose des moyens nécessaires pour le moment et soutient les contrats « jeunes majeurs ». Ce n’est pas le cas sur tout le territoire, comme dans le Nord par exemple, où ce type de prise en charge n’est plus financé, ce qui peut mettre en échec le projet d’insertion personnalisé des jeunes majeurs. Ils doivent alors se tourner vers le 115 et peuvent être placés en Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), solution temporaire, d’urgence et de vie en collectivité. Plusieurs associations œuvrent dans le sens d’une prise en charge globale incluant l’hébergement diversifié, particulièrement en direction des mineurs isolés, qui réussissent leur insertion, à l’instar d’un jeune qu’a connu Bruno Mouchard, arrivé 10e au prix de la baguette de Paris.

Rédactrice : Nadia M. – Photographe : Florent Pommier