11 août 2009, Federica Quaglia
Liliane Anjo et Lucia Direnberger sont chercheures à l’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) de Téhéran où elles ont rencontré Clotilde Reiss. Rentrées en France juste avant les élections du 12 juin, elles sont à l’origine de la pétition pour la libération de leur collègue. Elles réagissent pour Un jour en France à l’évolution de la situation et expliquent le travail que Clotilde et elles effectuaient sur place.

L’ambassadeur iranien à Paris a proposé que Clotilde Reiss bénéficie d’une mesure de liberté conditionnelle si elle réside à l’ambassade de France à Téhéran d’ici à la fin de son procès. Qu’en pensez-vous ?
LA : C’est très bien, c’est ce qu’on attendait : une fois à l’ambassade elle sera en sécurité. Elle devra attendre la fin du procès, mais au moins elle ne subira pas les mêmes pressions qu’en prison.
Est-ce que Clotilde aurait pu écrire ce fameux rapport pour l’ambassade de France, comme elle l’a avoué durant l’audience du 8 août ?
LA : Clotilde était à Ispahan, loin de l’ambassade, loin de ses collègues : si elle a écrit quelque chose, c’est sans doute pour donner de ses nouvelles. Il ne faut pas reprendre les termes qui ont été utilisés par le tribunal révolutionnaire iranien : un rapport d’une page, ce n’est pas un rapport mais une note. Eux, évidemment qu’ils parlent de rapport pour corroborer les soupçons portés à l’encontre de Clotilde. Il faut reformuler les mots d’un tribunal sans avocats et juste trois chaînes de télévisions officielles qui y sont admises...
En tant que chercheuses à l’IFRI, quelles sont vos relations avec l’ambassade française en Iran ? et avec le Quai d’Orsay ?
LA : L’IFRI est un laboratoire du CNRS, qui dépend pour des questions juridiques du Quai d’Orsay, mais scientifiquement nous sommes complètement indépendantes. Il faut arrêter de dire qu’on dépend de l’ambassade, c’est très dangereux : ça sous-entend que nous rédigeons des rapports pour le Quai d’Orsay. Je travaille à l’Institut depuis 3 ans et je n’ai jamais rencontré personne d’Orsay, ni avant ni après l’arrestation de Clotilde.
Devez-vous rendre compte de votre travail ?
LA : Pour se rendre plusieurs fois en Iran il faut obtenir un Visa : moi j’ai rencontré plusieurs fois le conseilleur scientifique de l’ambassade iranienne à Paris, à qui je devais présenter mon projet d’études et fournir des documents sur mes activités de recherches ainsi que faire un bilan d’activité. Mais c’est normal : tout scientifique dans un institut étranger rend compte de son travail. Dans le cas de Clotilde, elle partait en tant que lectrice, invitée par l’Université de Ispahan, elle n’était pas du tout rattachée à l’IFRI.
Pourquoi alors aurait-elle été arrêté ?
LA et LD : C’est une erreur, elle est innocente : si ce n’était pas Clotilde, ça aurait pu être une de nous deux. Il restait très peu d’étudiants français en Iran au moment où elle a été arrêtée. Il y a eu déjà des étudiants de l’IFRI qui ont été convoqués par les autorités iraniennes pour rendre compte de leur activité. Ce qui est nouveau c’est qu’on se retrouve avec quelqu’un en prison mais c’est sans doute lié à la crise que traverse l’Iran.
Vous avez en projet de retourner en Iran en septembre : avez-vous peur ?
LA et LD : Le moment de la douane va être très difficile mais nous y retournerions pas si nous n’étions pas convaincues de devoir continuer notre travail, à la fois pour nos universités d’accueil et pour l’Iran. Nous sommes passionnées par ce pays, par cette culture pluri-millénaire, qui est de faites isolée et sur laquelle nous avons envie de donner un autre point de vue, à travers notre travail. Personne ne s’étonne qu’on fasse des études d’anthropologie en Amazonie ou à Beijing.. et en Iran ? Il ne faut pas y aller. Pourquoi ?
Visites : 83